FA 1.5 - Histoire environnementale de l’épicentre forestier atlantique ; la région des monts Nabeba et du lac Manangoya en R. du Congo.

Justifications / Enjeux:

L’essentiel des connaissances  sur les paléoenvironnements d’Afrique centrale repose sur l’étude des sédiments prélevés dans les lacs situés à la périphérie du bloc forestier souvent en contexte ouvert ou de savane car l’accès à ces lacs était plus facile ; aucun lac au sein de la forêt proprement dite n’a été étudié. Avec l’arrivée de nouveaux outils cartographiques comme les images satellitales à haute définition et une analyse plus fine des anciennes cartes topographiques régionales quelques rares lacs ont été localisés dans le bloc forestier d’Afrique centrale ; le plus intéressant est sans conteste le lac Manangoya (alt. 500 m) qui se localise au centre de la zone d’étude du PPR en République du Congo dans une zone de forêts inondées tout près des monts Nabeba (alt.1020 m). Cette région dont la biodiversité est très mal connue (Fay, 1993), est actuellement accessible grâce à un nouveau réseau de routes de prospections minières. Il va falloir répondre rapidement car les monts Nabeba sont de très anciens massifs d’itabirites ferrugineuses (60 % teneur de fer) dont les réserves évaluées à 200 Mt vont être exploitées prochainement. Le lac Manangoya est unique de par sa localisation et l’étude de ses sédiments permettra de savoir comment les forêts sempervirentes et semi-caducifoliées ont répondu aux changements climatiques de l’Holocène.

Etat de l'art:

Les programmes scientifiques (ECOFIT,  ECOFAC, PALEOFORGA, PRIMUS, REGAB, IFORA, COFORCHANGE) menés depuis 1992 ont permis d’améliorer nos connaissances sur l’histoire environnementale de l’Afrique Centrale atlantique. Les forêts tropicales humides ont connu au cours du Pleistocène, de considérables variations suivant les changements climatiques (Maley, 1990). Au début de l’Holocène, les importantes zones de savane d’Afrique centrale qui existaient lors de la dernière glaciation (LMG), ont été en grande partie upplantées par les forêts au retour de conditions climatiques favorables. On dénote aussi qu’une importante phase de fragmentation de la forêt se produit, suivie par une extension des savanes à partir de 3000 ans BP (Reynaud-Farrera et al., 1996 ) à fort paroxysme vers 2300 BP (Ngomanda et al. 2009a). Depuis environ 1400 ans BP, les précipitations plus importantes sont redevenues favorables à l’extension de la forêt. L’optimum climatique de la période médiévale (~1100-800 BP) se caractérise par des fluctuations décennales des niveaux lacustres coïncidant avec l’ouverture persistante de la canopée des forêts matures. Durant le petit âge glaciaire (~500-200 BP), les niveaux lacustres sont bas, la couverture des forêts tropicales humides diminue et  on constate un changement du  type de végétation, passant  d’une forêt sempervirente à une forêt décidue (Ngomanda et al. 2009b).

Objectifs:

  • étudier et caractériser la  diversité des formations végétales et des communautés faunistiques (entomofaune, pédofaune) de la  zone, effectuer la corrélation entre ces communautés et les facteurs du milieu (sol, climat, héritage historique, activités anthropiques),
  • préciser quelles ont été les variations de la végétation à différentes échelles de temps et les comparer aux résultats connus dans la sous-région,
  • développer les indicateurs (pollens, phytolithes, charbons de bois, isotopes stables) et les chronologies (radiocarbone, Plomb 210) pour comprendre la dynamique des formations végétales, 
  • définir sur le long terme les adaptations humaines (migrations, abandons, modifications des comportements…) à la variabilité de l'environnement tropical.

Démarches/méthodes:

Cette région va connaître de grands bouleversements environnementaux dus aux exploitations minières ; nous développerons, sur un transect d’une vingtaine de kilomètres depuis les Monts Nabeba jusqu’au Lac Manangoya, une approche  pluridisciplinaire comprenant des études botaniques, des relevés faunistiques (ichtyofaune, herpétofaune, entomofaune, faune endogée…), des analyses géochimiques, isotopiques, anthracologiques, des prospections archéologiques et des études sédimentologiques sur les futurs carottages.

Equipe de recherche

Nous proposons une approche multidisciplinaire associant différentes compétences pour étudier l’évolution des formations végétales en travaillant à plusieurs échelles de temps et en associant observations de terrain et simulation numérique de la dynamique de la végétation.

Coordinateurs fiche: 
Références fiche: 

Mike Fay, 1993. A survey of the proposed Garabinzam /Mt Nabemba conservation area, North Congo. Report to global environment facility Republic of Congo 

Maley Jean, 1990. L'histoire récente de la forêt dense humide africaine : essai sur le dynamisme de quelques formations forestières. In Paysages quaternaires de l’Afrique centrale, (Raymond Lanfranchi et Dominique Schwartz Eds.) Ortsom Editions, 367-382.

Ngomanda Alfred, Neumann Katharina, Schweizer Astrid, Maley Jean, 2009a. Seasonality change and the third millennium BP rainforest crisis in southern Cameroon (Central Africa), Quaternary Research, 71, 307–318

Ngomanda, A. Chepstow-Lusty A, M. Makaya, C. Favier, P. Schevin, J. Maley, M. Fontugne, R. Oslisly, and D. Jolly†, 2009b. Western equatorial African forest-savanna mosaics: a legacy of late Holocene climatic change? Climate of the Past, 5, 647–659.

Reynaud-Farrera Isabelle, Maley Jean, Wirrmann Denis, 1996.Végétation et climat dans les forêts du Sud-Ouest Cameroun depuis 4770 ans BP : analyse pollinique des sédiments du Lac Ossa. C.R. Acad. Sci. Paris, t. 322, série II a, 749-755.

Axe: 
Axe 1 - Interactions, Paléo-environnements et peuplements humains anciens