FA 2.2 - Etude de la morbidité associée au SIV chez les Primates nonhumains

Enjeux:

Chez l’homme, l’infection par le VIH entraîne généralement un affaiblissement progressif du système immunitaire. Au cours de la phase SIDA, le patient montre une susceptibilité accrue à d’autres infections et des capacités de défense altérées contre ces dernières. Par exemple, en milieu rural ougandais, les patients infectés  par le VIH-1 présentent des épisodes de paludisme clinique plus fréquemment que leurs homologues non infectés par le VIH. 10

L’association entre le VIH et la tuberculose constitue un problème majeur en Afrique sub-saharienne : l’infection par le VIH multiplie par 10 le risque d’être infectée par Mycobacterium tuberculosis, la bactérie responsable de la tuberculose. De plus, la présence du VIH peut entraîner une aggravation du tableau clinique et compromettre la réponse au traitement antituberculeux. 11

Jusqu’à peu, il semblait acquis que, contrairement à l’infection par VIH, l’infection par le SIV ne progressait pas vers une maladie immunodépressive chez les PNH. Ce postulat a récemment été remis en cause et suscite le développement de marqueurs de morbidité chez les PNH. En effet, à l’heure où la question de la survie à long terme des populations de grands singes se pose, l’éventualité que leur déclin  puisse être en partie causé par des agents pathogènes est à considérer sérieusement. En outre, une meilleure connaissance de la relation entre infection par SIV et morbidité associée chez les PNH pourrait également nous éclairer sur les mécanismes pathogéniques du VIH chez l’Homme. 

Etat de l'art:

Il a récemment été montré en Tanzanie que la durée de vie de chimpanzés appartenant à la sous-espèce P.t. schweinfurthii infectés par le SIVcpz était inférieure à celle d’animaux non-infectés, avec notamment un taux de mortalité très élevé chez les petits nés de mères positives.12 Le système immunitaire de ces singes serait perturbé de façon similaire à ce qui est observé chez l’homme porteur du VIH.13 Le pouvoir immunosuppresseur du SIVcpz semblerait intermédiaire entre celui du VIH-1 et du VIH-2 chez l’homme.

L’étude des interactions entre VIH et agents infectieux endémiques des zones tropicales (pathogènes opportunistes, Plasmodium,  helminthes) provoque un intérêt croissant de la part de la communauté scientifique et médicale. A notre connaissance, cette approche est à l’état embryonnaire chez les PNH.

Objectifs :

L’objectif principal de ces recherches est d’évaluer la morbidité au SIV chez les gorilles et les chimpanzés d’Afrique centrale.

Nos objectifs spécifiques sont :

  • de développer des techniques permettant d’évaluer le statut immunitaire des grands singes de façon directe ou indirecte à partir de prélèvements fécaux;
  • d’évaluer l’impact de l’infection par SIV sur la présence et l’intensité de co-infections (agents pathogènes présents dans le sang et dans le tube digestif);
  • d’évaluer l’impact des SIV et des co-infections sur la valeur adaptative (fitness) des grands singes.

Démarches/méthodes:

Le statut infectieux des PNH aura été caractérisé au cours de la phase précédente du projet (cf Fiche 1). Nous disposerons donc, pour chaque  PNH individuellement, de son statut viral (SIV) et parasitaire (Plasmodium, parasites du tube digestif). Cette phase de nos recherches consistera essentiellement à analyser, d’un point de vue statistique, les associations entre la présence de SIV et les différents types de co-infections. Notre hypothèse de travail est que la présence ou l’intensité de co-infections détectables dans les selles des PNH peuvent constituer des indicateurs de morbidité associée au SIV.

L’impact des co-infections sur la fitness des PNH sera évaluée grâce au suivi des populations sur plusieurs années (un suivi de certains  individus a commencé dans plusieurs des zones d’étude).

Site, instruments:

Les sites et techniques de prélèvements ont été décrits dans la fiche 1.

Résultats attendus:

Caractériser la morbidité associée à l’infection par SIV chez les PNH.

Une meilleure compréhension des mécanismes responsables de la morbidité associée aux infections par SIV/VIH.

Références:

J. Whitworth et al., Lancet 356, 1051‐6 (2000).D. MacDougall. J Int Assoc Physicians AIDS Care. 5, 20‐7 (1999).B. F. Keele et al., Nature 460, 515‐9 (2009).L. Etienne et al., Retrovirology 8, sous presse.