FA 2.8 - Epidémiologie de la Trypanosomiase Humaine et lutte antivectorielle en zone forestière

Coordinateurs:

Justification / enjeux

La trypanosomiase Humaine Africaine (THA ou  maladie du sommeil), est une pathologie à transmission vectorielle qui fait intervenir trois acteurs : un agent pathogène (le trypanosome), un vecteur (la glossine ou mouche tsétsé) et un hôte mammifère (humain ou animal). Malgré la baisse historique du nombre de malades signalée  par l’OMS en 2010, une situation endémique se maintient en Afrique Centrale, notamment dans les foyers de zone forestière. 

Le dépistage de la THA repose sur un diagnostic délicat et requiert des compétences spécialisées.Le traitement de la phase neurologique de la maladie reste délicat (mélarsoprol, flornithine). On observe de plus une augmentation des cas de résistance du parasite aux molécules médicamenteuses. La Pan African Tsetse and Trypanosomiasis Eradication Campain (PATTEC) a jusqu’ici davantage porté ses efforts sur la lutte contre les Tsétsé dans le domaine des trypanosomoses animales, que sur les foyers de maladie du sommeil. La lutte contre le vecteur, qui offre l’avantage d’un bon rapport coût/efficacité, a jusqu’ici peiné à faire ses preuves, par manque de mobilisation des compétences nécessaires, mais aussi sans doute par une intégration insuffisante dans les systèmes sociaux, qui empêche de lutter de manière optimale et durable.

Aujourd’hui, la recherche a développé de nombreux outils (marqueurs moléculaires, modélisation, SIG, télédétection) qui permettent d’évaluer avec précision les facteurs qui conditionnent l’exposition au risque de cette pathologie. Ce projet se propose de doter les acteurs de la sous-région de solutions opérationnelles optimisées pour contrôler l’endémie de plusieurs foyers de THA en zone forestière par la lutte antivectorielle. Il repose sur une approche scientifique pluridisciplinaire associée à une démarche de terrain, qui couvrira l’évaluation du risque, le plan d’action, la définition des conditions de réussite et l’accompagnement des programmes nationaux dans la lutte.

Etat de l’art

Plusieurs types de pièges à glossines ont été développés par les chercheurs de l’ORSTOM (Challier & Laveissière,  1974 ; Lancien, 1981 ; Gouteux & Lancien, 1986 ; Laveissière & Grébaut, 1990), qui ont été utilisés avec succès dans des campagnes de lutte  à grande échelle. Des études géographiques ont mis en évidence une exposition accrue au risque de transmission du fait de l’organisation sociale et des pratiques spatiales de certaines populations rurales (Hervouët & Laveissière, 1987), autorisant un meilleur ciblage de la lutte. Un indice de risque a été mis au point (Laveissière et al., 1994), sur la base de facteurs biotiques, simplifié pour rendre son utilisation plus  accessible (Laveissière & Grébaut, 2004). Cet indice vient d’être récemment affiné par l’intégration du facteur « présence du pathogène » (Njitchouang et al., 2010). En Afrique Centrale, des études  mettent en exergue une exposition liée à certaines  activités telles que la culture du café-cacao (Gouteux et al., 1993 ), la chasse par piégeage (Grébaut et al., 2004) ou l’existence d’un réservoir animal (Njiokou et al. 2006, Simo et al., 2009). 

La susceptibilité de l’hôte pourrait aussi intervenir dans la résistance/sensibilité des populations à la maladie. En effet, il a été démontré que le contact homme-T. b. rhodesiense a conféré aux Yoruba du Nigéria une résistance à l’infection THA, liée à une pathologie rénale sévère due à des mutations de l’ApoL1 (Génovese et al. , 2010), mais d’autres mutations de cette même protéine conféraient une possible infection humaine par des trypanosomes animaux (Vanhollebeke  et al., 2006). Des phénomènes similaires pourraient concerner T. b. gambiense en zone forestière, où il est connu par exemple que les pygmées sont « naturellement » protégés de la THA. 

Les  outils moléculaires permettent l’identification spécifique du pathogène et l’origine des repas de sang isolés chez les glossines (Njiokou et al., 2004). Plus récemment, le rôle des symbiontes dans l’acquisition du pathogène par la glossine a été mis en évidence (Geiger et al., 2009 ; Farikou et al., 2010). Des modèles mathématiques développés sur les modes d’équations différentielles (Artzrouni & Gouteux, 1996, 2003, 2006 ; Gouteux & Artzrouni, 2000), d’un système multi-agents (Müller et al., 2004) et d’analyse géostatistique en réseaux bayésiens (Wardrop et al., 2010) contribuent à une meilleure prédiction de l’évolution de la maladie. Le développement des SIG et de la télédétection dédiés au risque trypanosomien s’est essentiellement focalisé sur la répartition des populations de glossines et la distribution du risque dans les zones d’élevage (Hendrickx  et al., 2001 ; De La Rocque et al., 2005 ; Cecchi et al., 2008, Courtin et al., 2010).

Objectif principal : Optimiser la lutte contre la trypanosomiase Humaine Africaine dans plusieurs foyers de zone forestière d’Afrique Centrale

Objectifs secondaires : développer une évaluation standardisée, transdisciplinaire et modélisable du risque trypanosomien, mobiliser les compétences scientifiques de la sous-région sur la pathologie, proposer aux partenaires des programmes nationaux un projet de lutte antivectorielle durable et adapté à chaque foyer.

Démarches/méthodes:

1) Mise en place de la coordination sous-régionale ;

2) Etat des lieux dans les foyers *;

3) analyses de laboratoire** ;

4) constitution de la base données, modélisation et cartographie ;

5) élaboration des projets de lutte et définition des conditions de réussite ;

6) accompagnement des programmes nationaux dans la mise en place*** de la lutte antivectorielle ;

7) évaluation/bilan.

* Dépistage/traitement, enquêtes cas-témoins, entomologiques, géographiques et anthropologiques

**Identification moléculaire des parasites, des séquences ApoL1 humaines, symbiontes, repas de sang 

*** la mise en œuvre de la lutte fera l’objet d’une recherche de financement spécifique

Sites, instruments :

Foyers de THA : Bipindi/Campo (Cameroun), Estuaire (Gabon), Couloir (Congo),

Kwamouth/Mushie (RDC), Nola (RCA) 

Equipement biologie moléculaire/culture cellulaire/entomologie Université Yaoundé II (Cameroun)

Résultats attendus

Etat des lieux entomologique, parasitologique et géographique, cartographie du risque, compréhension des systèmes sociaux, modèles mathématiques prévisionnels, mise en place de projets de lutte intégrée,  formations de personnels scientifiques et techniques, tableau de bord de référence pour la conduite de la lutte antivectorielle.

Références:

Geiger A, Fardeau ML, Grebaut P, Vatunga G, Josénando T, Herder S, Cuny G, Truc P, Ollivier B. First isolation of Enterobacter, Enterococcus, and Acinetobacter spp. as inhabitants of the tsetse fly (Glossina palpalis palpalis)midgut. Infect Genet Evol. 2009 Dec;9(6):1364-70. Epub 2009 Sep 30.

Génovese G. et  al. . Association of trypanolytic ApoL1 variants with kidney disease in African Americans. Science, 2010, 329, 841-845.

Muller G, Grébaut P, Gouteux JP. An agent-based model of sleeping sickness: simulation trials of a forest focus in southern Cameroon. C R Biol. 2004 Jan;327(1):1-11.

Grébaut P., Simo G., Manzambi E.Z., Bena J.M., Mansinsa P., Ollivier G., Cuny Gérard. Comportements humains et risque de transmission de la maladie du sommeil en zone périurbaine de Kinshasa (RDC). In : Vernazza-Licht N. (dir.), Gruénais Marc-Eric (dir.), Bley D. (dir.) Sociétés, environnements, santé. Marseille : IRD, 2010, p. 315-331

Njiokou F, Simo G, Mbida Mbida A, Truc P, Cuny G, Herder S. A study of host preference in tsetse flies using a modified heteroduplex PCR-based method. Acta Trop. 2004 Jul;91(2):117-20.

Njitchouang GR, Njiokou F, Nana-Djeunga H, Asonganyi T, Fewou-Moundipa P, Cuny G, Simo G. A new transmission risk index for human African trypanosomiasis and its application in the identification of sites of hightransmission of sleeping sickness in the Fontem focus of southwest Cameroon. Med Vet Entomol. 2010 Dec 27. d10.1111/j.1365-2915.2010.00936.x. [sous-presse]

Simo G, Mansinsa Diabakana P, Kande Betu Ku Mesu V, Manzambi EZ, Ollivier G, Asonganyi T, Cuny G, Grébaut  Human African trypanosomiasis transmission, Kinshasa, Democratic Republic of Congo. Emerg Infect Dis. 2006 Dec;12(12):1968-70

Vanhollebeke B, Truc P, Poelvoorde P, Pays A, Joshi PP, Katti R, Jannin JG, Pays E. Human Trypanosoma evansi infection linked to a lack of apolipoprotein L-I. N Engl J Med. 2006 Dec 28;355(26):2752-6.

Courtin F., Jamonneau V., Camara M., Camara O., Coulibaly B., Diarra A., Solano P. & Bucheton B. (2010). A geographical approach to identify sleeping sickness risk factors in a mangrove ecosystem. TMIH 15, 881-889; doi:10.1111/j.1365-3156.2010.02559.x.