FA 2.3 - Circulation des pathogènes entre l’Homme et les Primates nonhumains et risque d’émergence de maladies

Justification / enjeux:

Bien que les grands singes d’Afrique centrale aient un statut d’espèces protégées, la chasse des gorilles et des chimpanzés pour la consommation de viande de brousse a augmenté au cours des dix dernières années. Les hommes sont donc continuellement exposés à de potentielles transmissions de SIV et d’autres  agents infectieux véhiculés par les PNH. La proximité génétique entre l’homme et les grands singes favorise la transmission inter-espèce de ces agents infectieux. L’émergence de l’infection en tant que maladie peut se produire lorsque la transmission est amplifiée au sein même de la population humaine. La reconnaissance rapide de tels phénomènes avec  la mise en place de mesures de contrôle est fondamentale pour en limiter les conséquences.

Par ailleurs, si l’augmentation du contact Homme/singe peut s’avérer délétère pour l’homme, il ne faut pas perdre de vue que ce contact, notamment à travers la chasse incontrôlée, a de tout temps été en premier lieu néfaste pour les grands singes. A l’heure actuelle, la question de la survie à long terme des populations de grands singes se pose, si bien que certaines espèces bénéficient de programmes de protection voire de conservation. Outre les effets directs de la pression anthropique sur l’habitat de ces espèces, le déclin des populations de grands singes pourrait également être causé par des agents pathogènes d’origine humaine. Afin de maximiser les chances de sauvegarde  de ces espèces protégées, il nous semble important de documenter la circulation des agents infectieux entre les populations humaines et simiennes.

Etat de l'art:

L’UMI 233 a montré que des populations distinctes de chimpanzés du Cameroun infectés par le SIVcpz sont directement et respectivement à l’origine des VIH-1 groupes M et N chez l’Homme. 14 Pour les variants du groupe O et P, les voies de transmission inter-espèces restent toujours inconnues.15 Il n’est pas exclu que des cas  de transmission à l’homme des SIV connus ou de nouveaux variants continuent d’avoir  lieu dans ces régions où la chasse et la vente de viande de brousse demeurent pratiques courantes. Il est nécessaire de vérifier dans quelle mesure les SIV continuent d’être effectivement transmis à l’homme, et d’étudier l’importance de ces infections au sein de la population humaine. La problématique en est la même avec la découverte récente par l’UMI 233 d’enterovirus de la famille des poliovirus chez les grands singes

La circulation des Plasmodium entre populations humaines et simiennes a été très peu étudiée et il reste important de savoir ou non si les grands singes sont un réservoir effectif. 

Objectifs:

  • Documenter les modalités de contact entre l’homme et les PNH ;
  • Identifier des nouveaux virus et des agents infectieux d’origine simienne dans la population humaine ;
  • Identifier des facteurs de risque comportementaux et démographiques favorisant la transmission de pathogènes entre PNH et l’Homme.

Démarches/méthodes:

Modalités de contact entre l’homme et les PNH

A l’aide d’enquêtes chez les populations de chasseurs, nous chercherons à 1) identifier les routes de transmission d’agents infectieux lors de la chasse et du dépeçage de la viande; 2) déterminer la fréquence de chasse et l’intervalle de temps  pendant lequel le chasseur est exposé aux microbes; 3) identifier les espèces de PNH les plus concernées par la chasse et les espèces protégées du fait des croyances populaires; 5) identifier les espèces le plus fréquemment gardées comme animaux de compagnie. Nous chercherons également à évaluer la perception du risque de contracter une maladie lors de contacts avec les PNH.

Détection de la présence d’agents infectieux zoonotiques dans la population humaine

Nous envisageons d’effectuer des études de  communautés dans les populations les plus exposées au contact avec les PNH. 

Des analyses de prélèvements sanguins et fécaux seront proposées en priorité aux individus ayant une activité qui les expose directement aux PNH vivants ou morts. En fonction des résultats des dépistages, ces analyses pourront être étendues à l’ensemble de la communauté. Nous rechercherons les mêmes types d’agents infectieux que ceux identifiés chez les PNH (cf Fiche 1), à savoir les virus de type SIV et autres lentivirus, les Plasmodium et les helminthes.  L’UMI 233 étant structurellement associée avec les services cliniques de référence de Yaoundé et les centres de santé des régions Sud et Est du Cameroun (jumelage hospitalier financé par ESTHER et impliquant le département des Maladies Infectieuses du CHU de Montpellier membre de l’UMI 233), ces enquêtes seront suivies d’interventions curatives bénéfiques pour les populations concernées.

Site, instruments:

Le choix des communautés surveillées se fera en fonction de leur proximité avec les populations de PNH proches.

Résultats attendus:

  • mieux comprendre les voies de contamination de l’Homme par des agents infectieux simiens ;
  • préciser la distribution dans le temps et dans l’espace des contacts entre populations humaines et simiennes et du risque de transmission de pathogènes.
Références:

14 B. Keele et al., Science 28,523‐6 (2006).15 C. Neel et al., J Virol, 84, 1464‐76 (2010).