Qui sont les vecteurs des parasites du genre Plasmodium chez les grands singes d’Afrique Centrale ?

Newsletter N°002 Mars 2013

Malgré un impact majeur en santé publique, l’origine et l’histoire évolutive des parasites responsables du paludisme, demeurent controversées. Au cours des 5 dernières années cependant, nos connaissances de la diversité des parasites du genre Plasmodium infectant les grands singes d’Afrique se sont significativement accrues. Ainsi, plusieurs nouvelles espèces de parasites (comme par exemple P. gaboni) ont été décrites chez nos proches cousins les gorilles et chimpanzés (Figure 1), et plus intéressant, plusieurs espèces de parasites, que l’on pensait spécifiques de l’homme, ont été retrouvées chez ces mêmes grands singes. La description chez les gorilles de P. praefalciparum, un parasite extrêmement proche génétiquement de P. falciparum, le plus redoutable des agents du Paludisme dans le monde et notamment en Afrique sub-saharienne, a définitivement changé notre façon d’appréhender l’évolution et l’origine de ce parasite. Désormais nous savons, que P. falciparum est issu d’un transfert inter-espèce récent (environ de milliers d’années) du gorille vers l’homme. Il restait à découvrir les modalités de ce transfert. Bien qu’on savait depuis des décennies déjà, que la transmission de Plasmodium d’un mammifère à un autre est assurée par des moustiques du genre Anopheles (Figure 2), nous n’avions aucune idée des espèces impliquées dans la transmission entre les grands singes ou de celles qui auraient pu assurer « le pont » entre les grands singes et l’homme. C’est avec cette idée qu’une équipe de chercheurs de l’unité MIVEGEC (IRD-CNRS-UM1-UM2) basés au Centre International de Recherches Médicales de Franceville (CIRMF) au Gabon et leurs partenaires Gabonais, ont initié un programme de terrain destiné à déterminer l’identité de ces Anophèles vecteurs et à évaluer les risques de transfert des grands singes vers l’homme. Le travail a consisté à collecter des moustiques (Figure 3) dans des sites habités par des populations de grands singes vivant à l’état sauvage ou en semi-captivité dans des aires protégées du Gabon, puis de procéder à des analyses moléculaires afin de détecter d’éventuelles infections Plasmodiales. Les résultats obtenus, ont permis pour la première fois de mettre en évidence le rôle probable de deux espèces d’Anophèles dans la transmission de P. vivax (An. vinckei et An. moucheti) et de P. praefalciparum (An. moucheti) de grand singe à grand singe en Afrique. Par ailleurs, leurs résultats suggèrent qu’An. moucheti, une espèce connue pour piquer l’homme, aurait donc pu assurer les transferts passés de parasites des grands singes vers l’homme, et que de tels transferts pourraient encore s’opérer de nos jours. Ce travail, qui a reçu un soutien financier partiel de la part du le PPR-FTH-AC, a récemment été publié dans le journal PLoSone1.

Christophe Paupy (IRD)

1Paupy C, Makanga B, Ollomo B, Rahola N, Durand P, Magnus J, Willaume E, Renaud F, Fontenille D, Prugnolle F. 2013 Anopheles moucheti and Anopheles vinckei Are Candidate Vectors of Ape Plasmodium Parasites, Including Plasmodium praefalciparum in Gabon. PLoS ONE 8(2): e57294.