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La palme des controverses : polémiques autour de la culture du palmier à huile

Alain Rival et Patrice Levang

Le développement rapide de la culture du palmier à huile alimente de nombreuses polémiques. Comment une même culture peut-elle être considérée comme une plante miracle par les agro-industries du Nord et les planteurs du Sud et comme une menace écologique majeure par les organisations non gouvernementales ?

Alain Rival (Cirad/DIADE) et Patrice Levang (IRD/Cifor/Cameroun), auteurs du livre « La Palme des controverses : Polémiques autour de la culture du palmier à huile », tenteront au cours d'une conférence-dédicace, d’édifier le public sur ce sujet le mercredi 23 avril à 18h30 à l’Institut français du Cameroun à Yaoundé.

Les auteurs, l’un biologiste, l’autre agroéconomiste, présentent une filière tropicale complexe et mondialisée. Leur ouvrage a pour objectif de permettre à chacun de se forger une opinion plus équilibrée, loin des polémiques stériles.

 

     Photo : Rechner Daina

La forêt d'Afrique centrale: Biodiversité, Présente et Passée. Quels enjeux pour le futur?

Anne-Marie Lézine et Doyle McKey

Quel est l’impact du temps long sur l’écologie actuelle ? L’histoire peut-elle expliquer les particularités des écosystèmes forestiers tropicaux? Pour répondre à ces questions cruciales pour la compréhension de la vulnérabilité environnementale face au changement climatique, le projet C3A était focalisé sur un des chapitres dramatiques de notre histoire climatique: la dernière grande crise qui a eu lieu il y a quelques 3-4 millénaires en Afrique. Après une longue époque d’amélioration climatique au cours de l’Holocène, l’Afrique intertropicale a été frappée par une crise majeure qui a atteint l’ensemble des écosystèmes de façon profonde et souvent irréversible. Celle-ci a touché non seulement à l’étendue des formations forestières mais aussi à la structure et la composition même des forêts. Le déroulement de cette crise et ses conséquences pour les écosystèmes actuels sont aujourd’hui encore mal explorés.

L’Afrique tropicale représente pour la communauté scientifique un formidable objet d’étude. Du fait de sa particularité tout d’abord : L’Afrique tropicale se démarque des autres régions forestières tropicales de la planète. En la comparant à l’Amazonie et à l’Asie du Sud-Est, Paul Richards, pionnier de l’écologie des forêts tropicales, fut le premier, en 1973, à qualifier l’Afrique de « the odd man out » (l’intrus) : la région forestière tropicale y est caractérisée par des climats actuels plus secs que ceux des autres grands blocs forestiers tropicaux. Elle fut soumise à des fluctuations climatiques passées extrêmes à l’origine, selon Richards, de la répartition et la composition de ses écosystèmes actuels. Avec Richards, d’autres écologues et paléoécologues, dont Aubréville ou Schnell ont été dans la communauté française de remarquables pionniers, tentent de déceler les conséquences de l’histoire pour le fonctionnement actuel des écosystèmes forestiers tropicaux de l’Afrique (Parmentier et al., 2007). La région forestière d’Afrique, comme le reste du continent, se démarque dans un aspect supplémentaire : de tous les continents, c’est en Afrique que l’instabilité politique, la diversité de langues et de cultures, ainsi que le manque cruel d’infrastructures ont le plus freiné l’accumulation de connaissances scientifiques sur la biodiversité et son histoire. A l’échelle planétaire, c’est l’un des plus grands verrous à faire sauter pour faire avancer notre compréhension de la biodiversité tropicale et pour formuler des stratégies pour la conservation et la gestion durable des écosystèmes tropicaux. La communauté scientifique française a depuis plusieurs décennies joué et joue encore un rôle majeur dans la recherche sur la biodiversité de cette région, dans la mise en place de partenariats entre chercheurs du Nord et chercheurs du Sud, et dans le renforcement des capacités scientifiques des chercheurs africains. Encore aujourd’hui, les forêts de l’Afrique centrale restent relativement épargnées, comparées à celles des autres grands massifs forestiers tropicaux, de la déforestation à grande échelle à des fins agro-industrielles. Cependant, cette situation va changer rapidement, face aux nouvelles demandes de produits forestiers, d’énergie, de nourriture et de ressources minières dont regorge le sous-sol du continent. Il est donc urgent de profiter de la fenêtre d’opportunité actuelle pour étudier la biodiversité des forêts tropicales africaines, fournir les données de base pour documenter leur importance pour la conservation de la biodiversité et le maintien des services écosystémiques, et aider les pays africains à développer les capacités pour mieux défendre leurs propres intérêts dans la politique environnementale à l’échelle planétaire.

Ce colloque marque la fin du projet C3A au Cameroun. Il est financé par le projet C3A et le Programme Pilote Régional de l’IRD « FTH-AC Changements globaux, biodiversité et santé en zones forestières d’Afrique centrale ». L’invitation faite aux collègues de la « Banque Africaine de Données Polliniques » (APD) originaires des pays voisins d’Afrique centrale: Nigéria, République démocratique du Congo, Ouganda, Kenya est l’occasion d’offrir une vue régionale dépassant largement le cadre géographique et temporel initial pour couvrir une histoire environnementale et climatique de l’Afrique centrale longue de plusieurs centaines de milliers d’années.

Ce colloque bénéficie de l’aide administrative du laboratoire LOCEAN à Paris et du bureau de l’IRD à Yaoundé. Nous remercions très vivement les authorités compétentes du Cameroun pour nous avoir fourni les authorisations de recherche et les aides nécessaires au projet.