Jean Michel ONANA : «les plantes locales peu décrites»

CARREFOUR SCIENCES - N°007 Octobre 2013

Au cours des JERSIC 2013, de nombreux chercheurs ont été récompensés, donc le Dr Jean Michel Onana, chef de l’Herbier National du Cameroun à l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD).

Dr Jean Michel Onana, vous venez d’être lauréat du Prix d’excellence du chercheur senior de l’IRAD au cours des JERSIC 2013. Sur quels sujets avez-vous déployé votre carrière de chercheur et qui portent aujourd’hui les fruits que nous connaissons?

Mes recherches portent depuis trois décennies sur la contribution à la connaissance taxonomique de la flore et plus récemment la conservation des ressources biologiques d’origine végétale et leurs habitats. Les disciplines que j’applique sont la systématique des organismes végétaux, la phytogéographie, et la biologie de la conservation de la biodiversité végétale. Depuis mon arrivée à l’Herbier national du Cameroun, je contribue à l’exécution du projet «Etude de la Flore du Cameroun» qui a commencé depuis les années 1948 et se poursuit jusqu’à ce jour.

Ce projet a pour objectif de répondre au besoin de connaissance taxonomique des espèces végétales, des usages des plantes et la conservation de la biodiversité des forêts. Nos travaux ont été réalisés dans le cadre du plan stratégique d’entreprise de l’IRAD 2008–2012 qui visait l’implémentation par notre pays des objectifs stratégiques de la CDB (Convention sur la Diversité Biologique) dont il est signataire. Les recherches ancrées sur la stratégie mondiale pour la conservation des plantes et sa déclinaison nationale qui est la stratégie nationale et le plan d’action pour la biodiversité.

Sur certaines problématiques, on vous a vu travailler avec des partenaires du Nord comme du Sud. Pouvez-vous nous en parler ?

Effectivement l’étude de la flore du Cameroun est réalisée avec l’appui scientifique de la communauté scientifique internationale, notamment les herbiers internationaux d’Afrique (East African Herbarium, Nairobi, IFAN de Dakar), d’Europe (Bruxelles, Londres, Paris, Wageningen, Meise) et d’Amérique (Missouri) ; et les Institutions internationales dont l’IRD. Avec l’IRD, nous travaillons depuis les années 2002 dans le cadre de la mise en place du réseau des herbiers d’Afrique (RIHA). En ce qui me concerne, bien que n’ayant pas intervenu directement lors de la première phase jusqu’en 2005, j’ai activement travaillé pour la deuxième phase en tant que porteur du projet de renforcement des capacités de gestion des collections de l’Herbier national dans le cadre de l’initiative Sud-Expert-Plantes (SEP, projet 208). Avec les autres intervenants, nous avons mené à terme l’informatisation de toutes les données de la collection classée (65.000 spécimens). L’IRD nous a toujours appuyés techniquement pour la gestion de la base: un informaticien et un taxonomiste nous assistent depuis plus de 10 ans. C’est grâce à l’exploitation de cette base de données que j’ai publié un ouvrage qui donne la check-liste taxonomique des 7850 espèces de plantes vasculaires connus actuellement au Cameroun. C’est un résultat important pour la connaissance de la diversité floristique car avant la publication de cet ouvrage, le nombre d’espèces du Cameroun était supposé sans référence claire à un travail vérifiable. Le développement de la base continue avec la participation à d’autres projets tel que le Projet Pilote de Recherche en Forêt Tropicale Humide d’Afrique centrale (PPR-FTH AC) et probablement le futur SEP II.

Quels sont à votre avis les grands domaines de recherche qui peuvent être structurants, notamment pour permettre au Cameroun d’atteindre ses objectifs de pays émergent en 2035.

A mon avis, tous les domaines de la recherche sont importants. Il s’agit de les exécuter dans le cadre des stratégies savamment élaborées pour atteindre les objectifs escomptés. Pour ce qui est de la recherche sur les ressources naturelles d’origine végétale, il s’agit d’appuyer plus que par le passé les recherches de base qui permettront aux planificateurs et décideurs d’avoir l’information scientifiques crédible qui apportera de la valeur ajoutée à nos produits.

Par exemple...

L’un des objectifs pour un pays émergent étant la souveraineté alimentaire, il est indispensable que la connaissance des ressources génétiques pour la sélection variétale et la protection des plantes pour une meilleure productivité et augmentation des rendements soient adossées sur une bonne connaissance de nos plantes locales dont le patrimoine génétique énorme est encore peu connu: plus de la moitié des quelques 250 familles et des 2/3 des quelque 8000 – 8500 espèces ne sont pas encore décrites dans la série Flore du Cameroun. Par ailleurs, avec la mise en place des instruments internationaux tel que les mécanismes d’accès et de partage des bénéfices liés à l’exploitation de la biodiversité, les recherches sur les données primaires en même temps qu’elles permettront de diversifier l’offre pour attirer de devises, seront un important levier pour développer les zones rurales où seront exploitées les ressources à travers les indications géographiques et autres chaines de valeur.