Resumé exécutif

 PPR FTH-AC :

Programme Pluridisciplinaire Régional « Changements globaux, biodiversité et santé en zones forestières d’Afrique centrale »

Cadre régional

Région : Afrique centrale

Pays : Cameroun, Gabon, République du Congo (principalement)

Guinée Equatoriale, RCA, RDC (plus ponctuellement)

Priorités Thématiques

Écosystèmes et ressources naturelles.

Maladies émergentes et infectieuses

Changement climatique et aléas naturels

Ressources en eau et accès à l’eau

Les enjeux sociétaux aux échelles nationales et régionales

En Afrique centrale : des pressions croissantes

La zone équatoriale d’Afrique centrale (ou « Bassin » du Congo), représente le second plus grand massif de forêts tropicales humides au monde. La diversité des conditions écologiques ainsi que les singularités de son histoire biogéographique lui confèrent une importance stratégique pour la préservation de la biodiversité africaine et mondiale. La course aux matières premières et à l’énergie exerce une pression croissante sur les forêts d’Afrique centrale, longtemps relativement épargnées du fait de faibles densités de population ; une telle situation ne peut que s’accentuer dans les années à venir.

La création d’infrastructures, pour certaines de très grande ampleur, induit, dans des zones jusque-là enclavées, une pénétration souvent incontrôlée dont les effets sont bien plus étendus que la seule emprise spatiale des activités minières, forestières ou agricoles. Ainsi, le braconnage, profitant des dessertes, s’exerce plus largement et plus durablement que l’exploitation forestière ; la pollution des cours d’eau peut contaminer des réseaux hydrographiques entiers ; l’entrée en contact des humains avec des populations animales, pour certaines vecteurs ou réservoirs de pathogènes, favorise l’émergence ou la diffusion de maladies. Ces exemples montrent qu’il importe d’analyser les processus écologiques, épidémiologiques et socio-économiques induits, au-delà de la mesure de la seule déforestation et de celle – plus délicate – de la dégradation des forêts.

L’avenir reste ouvert

L’Afrique centrale peut être appréhendée comme se situant à une période charnière. Les réserves d’espace et les ressources naturelles sont considérables ; elles constituent autant de degrés de liberté pour les choix d’aménagement des territoires, de conception des infrastructures et de planification des réseaux de conservation. Les possibilités de pilotage des transformations et d’atténuation ou de prévention de leurs impacts néfastes sont donc réelles. Les engagements internationaux souscrits par les Etats de la région peuvent permettre de progresser dans cette direction, s’ils se traduisent par une gestion effective des territoires et des ressources naturelles. Les pays ont reconnu l’importance de ces engagements à travers la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) ; ils sont demandeurs de propositions techniques ou institutionnelles. .

Des connaissances insuffisantes pour la prise de décision

Parmi les multiples obstacles qui limitent la mise en œuvre de réponses à la déforestation, figure de façon flagrante – mais finalement peu exprimée –, le très faible niveau de connaissance et la très faible pression d’observation scientifique qui caractérisent la zone tropicale humide, en général, et l’Afrique centrale en particulier. Dans quelle mesure une forêt naturelle peu perturbée stocke-t-elle du carbone ? Quels sont les territoires de plus fort intérêt naturaliste ou de plus fort endémisme ? Le climat a-t-il déjà changé en Afrique centrale, de quelles façons, avec quelles conséquences ? Comment vivent les sociétés forestières d’aujourd’hui, quelles sont leurs perspectives de développement économique durable? Où sont les principaux risques de maladies émergentes, au travers de quels vecteurs ou hôtes, comment les anticiper ? Autant de questions, non exhaustives, pour lesquelles les éléments de réponse sont trop partiels ou trop dépendants du contexte pour que soient fondés des principes d’action publique de grande ampleur.

Objectif global et enjeux du programme scientifique

L’objectif global de ce programme est de comprendre et anticiper les réponses environnementales aux changements climatiques et anthropiques dans la zone forestière d’Afrique centrale :

  • Quelles modalités de changement climatique ? Quelles modalités de changement socio-économique ?
  • Quelles conséquences sur la santé, la biodiversité et ses modalités de gestion, sur le couvert végétal et les stocks de carbone et sur les conditions de vie des populations forestières ?

Dans ce contexte, les principaux enjeux scientifiques s’orienteront, sans négliger la mobilisation des informations existantes, vers la promotion d’un investissement scientifique coordonné à moyen terme, visant, non seulement à formuler des réponses plus sûres et plus englobantes aux questions d’aujourd’hui, mais aussi à anticiper les questions informulées, qui se poseront demain.

Articulation du programme scientifique : Objectifs spécifiques et activité

Objectif 1 : Analyser les impacts de la variabilité actuelle du climat et des activités humaines sur les ressources en eau et en sol (Axe 5 du Livre blanc)

 

  • Activité 1 : Comprendre la variabilité du climat, du cycle de l’eau et des transferts chimiques associés, sur la base des observations historiques de l’ORSTOM et de ses partenaires.
  • Activité 2 : Développer de nouvelles stratégies d’observation pour plusieurs bassins et sous-bassins de rivières et fleuves du Sud-Cameroun, du Congo et du Gabon.

Objectif 2 : Resituer l’impact climatique, sur le très long terme, à travers l’étude des paléo-environnements quaternaires et des sociétés anciennes (Axe 1 du Livre blanc)

 

  • Activité 1 : Apporter une connaissance des variations du climat dans le passé et de ses interactions avec le couvert végétal et les peuplements humains, en recueillant et en analysant des données écologiques et archéologiques relatives à l’Holocène et plus particulièrement aux derniers 5000 ans.
  • Activité 2 : Mettre en perspective les changements en cours, en termes de réponse de la végétation aux changements globaux et d’adaptabilité de l’Homme face à ces modifications.

Objectif 3 : Analyser les déterminants de l’organisation régionale de la biodiversité, en se situant dans les objectifs de l'IPBES, et en déduire des modèles de réponse aux changements globaux (Axe 3 du Livre blanc)

  • Activité 1 : Interpréter les facteurs déterminant les grandes structures régionales de la biodiversité dans ses aspects systématiques, fonctionnels et évolutifs compte tenu d’un contexte riche d’une biodiversité, encore préservée mais susceptible d'altération rapide.
  • Activité 2 : En déduire des synthèses à large échelle pour une meilleure planification, ainsi que des modèles de réaction de la biodiversité à des scénarios de changement anthropique et climatique.

Objectif 4 : Analyser la variabilité des cycles biogéochimiques et hydrologiques à différentes échelles spatio-temporelles (Axe 6 du Livre blanc)

  • Activité 1 : Aborder de manière intégrée l’étude des cycles biogéochimiques, à des échelles allant du peuplement forestier au bassin versant.
  • Activité 2 : Etudier les interactions entre la dynamique du couvert végétal, les échanges gazeux (sol-végétation-atmosphère et sous forme dissoute ou particulaire dans l’eau).

Objectif 5 : Evaluer les conséquences des changements environnementaux et de l’anthropisation sur l’écologie et l’épidémiologie des agents infectieux (Axe 2 du Livre blanc)

  • Activité 1 : Evaluer les conséquences des changements environnementaux et de l’anthropisation sur l’écologie et l’épidémiologie des agents infectieux présents dans la zone forestière tropicale humide, ainsi que les conséquences sur leurs réservoirs et vecteurs de maladies.
  • Activité 2 : Comprendre l’influence des modifications environnementales, engendrées par les activités et les mouvements humains, sur l’extension de maladies humaines et l’émergence d’anthropo-zoonoses.

Objectif 6 : Scénariser les logiques de création d’infrastructures et d’exploitation des ressources au regard de l’évolution des modes de vie des populations en zone forestière (Axe 4 du Livre blanc)

  • Activité 1 : Analyser les conséquences des mutations socio-économiques de la création d’infrastructures sur les relations entre populations, espaces forestiers et ressources issues de la biodiversité.
  • Activité 2 : Promouvoir un regard plus intégré sur les conditions de vie dans les secteurs enclavés en mutation et sur les interfaces entre forêts et zones anthropisées.

Objectif 7 : Mettre en commun et partager des données et des méthodes innovantes de modélisation et de simulation des phénomènes biologiques (Axe transversal)

  • Activité 1 : Collecte, stockage et fusion de données d’images, et croisement avec des données thématiques provenant du terrain ;
  • Activité 2 : Mise au point de méthodes innovantes de modélisation et de simulation informatique des phénomènes biologiques.

Impacts attendus

  1. Résultats et produits attendus
    • Amélioration des connaissances scientifiques dans les domaines d’activité du programme (articles scientifiques de rang A, brevets, etc.)
    • Création d’un réseau d’observatoires des changements environnementaux en Afrique centrale
    • Production d’outils d’aide à la gestion des écosystèmes et des services éco-systémiques (notes techniques et documents de synthèse à destination des gestionnaires et décideurs)
    • Renforcement des compétences en Afrique centrale (formation de jeunes docteurs, écoles, chercheurs, formation des acteurs et décideurs, etc.)
    • Innovation et transfert de technologie (incubation d’entreprises innovantes, diffusion de méthodes, etc.)
  1. Effets et impacts potentiels
    • Renforcement de la recherche scientifique régionale et internationale dans les domaines thématiques du programme (création de jeunes équipes associées, de laboratoires mixtes internationaux, etc.)
    • Renforcement des synergies entre les institutions nationales de la sous-région
    • Création d’un cadre global de raisonnement de l’aménagement des territoires à l’échelle de la sous-région (infrastructures, aires protégées, etc.)
    • Amélioration de la définition et de l’interconnexion des zones dédiées à la protection des milieux
    • Meilleure valorisation des services éco-systémiques (marché du carbone et des produits forestiers non ligneux)
    • Procédures de suivi de l’impact du développement économique (infrastructures, exploitations minières et forestières) et de ses effets sur les conditions de vie et la santé des populations

Le partenariat

Ce programme résulte d’une concertation conduite entre 2008 et 2010, avec les partenaires. Ses thématiques s’inscrivent dans les préoccupations des instances régionales (CEEAC, COMIFAC, PFBC), qui ont marqué leur volonté de collaborer à sa mise en œuvre en favorisant l’intégration avec les démarches d’autres acteurs scientifiques et techniques nationaux et internationaux opérant dans le Bassin du Congo (CIRAD, Universités françaises et africaines, CIFOR,…), ainsi que les partenaires opérationnels (WWF, WCS, IUCN, Ministères techniques). Plus de 300 scientifiques ont exprimé leur intérêt pour ce programme, qui correspond à 95 équivalents chercheurs à temps plein, dont 45 % en Afrique, 30 % à l’IRD, 25 % dans les pays du Nord (hors IRD). Quinze unités de recherche de l’IRD sont impliquées.

Les moyens logistiques et humains en place

Infrastructure + matériel en place :

  • Plateformes génétiques et biologie de la santé à Yaoundé (CREMER, OCEAC, Université de Yaoundé 1), au CIRMF)
  • Plateforme de taxonomie et systématique (Réseau d’herbiers, Ombrières, Entomothèque)
  • Bassins versants instrumentés du Haut Nyong et Nsimi
  • Réseau des placettes forestières permanentes
  • Stations de recherche sur le terrain (Lopé et Parcs nationaux du Gabon)
  • Future Antenne AGEOS (Libreville, Gabon)

Moyen humain :

Plus de 300 scientifiques qui ont exprimé un intérêt pour ce programme, soit 95 équivalents chercheurs temps plein dont 45 % d’Afrique, 30 % de l’IRD, 25 % du Nord (hors IRD). Quinze unités IRD sont impliquées.